Né en 1989, Inuuteq Storch a grandi à Sisimiut, la deuxième plus grande ville de Kalaallit Nunaat (Groenland), située sur la côte ouest et peuplée d’environ 5 000 habitants. Il y vit et y travaille encore aujourd’hui. À l’image de nombreux artistes kalaallit de sa génération, il a été formé au Danemark et à l’étranger, notamment à l’école de photographie artistique Fatamorgana à Copenhague et à l’International Center of Photography de New York.
À travers un style intuitif, brut, poétique, souvent espiègle et empreint d’humour, Storch capte avec une grande liberté le quotidien et l’identité contemporaine des Kalaallit.
Inuuteq Storch travaille majoritairement en photographie argentique, revendiquant la matérialité de l’image – grains prononcés, surexpositions, défauts, accidents visuels – qui deviennent autant de signes expressifs. Loin des canons de la perfection technique ou des équipements sophistiqués, Storch privilégie un matériel qui lui est sensible. Ce sont généralement des appareils photo reçus en cadeau ou acquis auprès de sa famille et de ses amis. Cette approche individualisée et intuitive souligne le lien profondément personnel qu’il entretient avec la photo.
Inuuteq Storch utilise également le format du livre photo qui lui permet de développer une narration visuelle construite autour d’un rythme, de séquence et parfois de silence. Pour Storch, ce support constitue un outil de diffusion accessible, qui dépasse les limites souvent élitistes du monde des galeries ou des musées. C’est aussi un geste politique : dans des contextes où les infrastructures artistiques sont limitées, le livre devient un espace d’expression libre, en phase avec les pratiques décoloniales, favorisant le dialogue avec des publics variés.
Dans cet engagement artistique, Storch s’inscrit dans une génération qui travaille au sein d’un champ pluriel, ni défini ni régi par le colonialisme. Toutefois, les liens historiques complexes entre le Danemark et Kalaallit Nunaat demeurent un point d’ancrage central dans sa démarche. Ils irriguent son œuvre, mais aussi le contexte plus large – culturel, social, politique – dans lequel elle s’inscrit.